• Accepter le thé est un signe de respect : Dites toujours oui si l'on vous offre du thé. Refuser est considéré comme impoli.
  • La règle des deux verres : Traditionnellement, on vous sert deux verres. Il est poli de vider les deux.
  • L'art de verser : Le service emblématique en hauteur n'est pas qu'un spectacle ; il aère le thé et crée une mousse agréable appelée la « couronne ».
  • Le sucre n'est pas une option (généralement) : Le thé marocain est réputé pour être très sucré. C'est un symbole d'hospitalité. Ne soyez pas surpris par la quantité de sucre utilisée.

Le Grand Débat

Chaque famille marocaine a sa propre façon "correcte" de préparer le thé à la menthe, et elle la défendra avec passion. Les discussions tournent généralement autour de ces trois éléments fondamentaux.

1. La base du thé : Le thé vert Gunpowder 🍵

Le fondement de tout bon Atay est le thé vert de Chine Gunpowder. Les petites boulettes roulées se déploient dans l'eau chaude, libérant une saveur forte et légèrement amère. Le premier point de discorde est toujours le rinçage.

Le rituel du "lavage" : Faut-il rincer les feuilles une fois pour enlever l'amertume, ou deux fois ? Ma grand-mère ne jurait que par un seul rinçage rapide. Mon oncle, quant à lui, effectue un "lavage spirituel" cérémoniel, où la première infusion est conservée et rajoutée plus tard. C'est un sujet sérieux. Un lavage correct est censé "réveiller l'âme du thé". Un lavage incorrect ? Autant boire de l'eau de fossé.

2. La menthe : Une montagne de fraîcheur 🌿

Ce n'est pas un unique brin d'aspect triste. Nous utilisons une botte massive de menthe verte fraîche (nana). Les feuilles sont directement introduites dans la théière.

L'argument : Faut-il meurtrir les feuilles de menthe avant de les mettre dans la théière pour libérer plus de saveur, ou cela introduit-il une âpreté indésirable ? Cela peut diviser une pièce plus vite qu'un débat politique. Les puristes (comme moi) disent qu'il ne faut jamais écraser les feuilles, laissant l'eau chaude en extraire délicatement les huiles.

3. Le sucre : Le cœur de l'hospitalité

C'est là que les choses prennent une autre tournure. Nous n'utilisons pas de cuillerées ; nous utilisons des pains de sucre solides ou de gros morceaux de sucre (skår). La quantité est le reflet direct de l'honneur que l'on vous fait en tant qu'invité. Plus de sucre signifie plus de respect.

Le spectacle : Le sucre est ajouté, puis le thé est aéré en le versant d'une grande hauteur dans un petit verre et en le reversant plusieurs fois dans la théière. On appelle cela le "soufflage". L'objectif est de mélanger parfaitement le sucre et de créer la couronne de mousse. Plus le versement est haut, plus l'hôte est habile. Laisser tomber une seule goutte est considéré comme un geste d'amateur.

Comment le boire comme un local

Maintenant que vous avez votre verre, voici quelques dernières règles d'étiquette à connaître.

  • Tenez le verre, pas l'anse : Les verres à thé traditionnels n'ont pas d'anses. Tenez-le par le haut et le bas avec le bout de vos doigts. Oui, c'est chaud. Vous vous y habituerez.
  • Le fait de siroter bruyamment est un compliment : Un léger bruit en sirotant n'est pas impoli ; c'est un signe que vous appréciez le thé et cela aide à le refroidir.
  • Les trois services : Le célèbre proverbe marocain dit tout :
    • Le premier verre est aussi amer que la vie.
    • Le deuxième est aussi fort que l'amour.
    • Le troisième est aussi doux que la mort.

Chaque verre est préparé avec les mêmes feuilles, mais la saveur change à chaque service. C'est un voyage dans une tasse.

Comment le faire chez soi – La version "incontestable"

Envie de ramener un avant-goût du Maroc chez vous ? Même si vous n'avez pas de théière en argent ou de pain de sucre sous la main, vous pouvez préparer une version étonnamment authentique à la maison. Voici ma méthode simplifiée, garantie sans disputes familiales.

Ce dont vous aurez besoin :

  • Une petite théière (n'importe quelle sorte fera l'affaire, mais le métal est traditionnel).
  • 1 cuillère à soupe de thé vert gunpowder chinois.
  • Une grande botte de menthe fraîche, lavée.
  • 3-4 cuillères à soupe de sucre blanc (ou plus, si vous vous sentez d'humeur hospitalière !).
  • De l'eau bouillante.

Les étapes simplifiées :

  1. Rincer le thé : Mettez les feuilles de thé gunpowder dans votre théière. Versez juste assez d'eau bouillante pour les couvrir. Faites-le tourner pendant environ 20 secondes, puis versez uniquement l'eau avec précaution, en laissant les feuilles humides. C'est le « rinçage » qui élimine l'amertume initiale.
  2. Ajouter les bonnes choses : Farcissez délicatement toute la botte de menthe fraîche dans la théière. N'hésitez pas, elle doit être bien tassée. Ajoutez votre sucre par-dessus.
  3. Remplir et infuser : Remplissez la théière d'eau bouillante. Placez-la sur la cuisinière à feu doux pendant juste quelques minutes, jusqu'à ce que vous voyiez un peu de vapeur. Ne la laissez pas bouillir ! Faire bouillir la menthe la rend amère.
  4. Mélanger, pas remuer : Le secret d'un mélange parfait réside dans le versement. Versez un verre de thé d'une certaine hauteur, puis reversez ce même verre dans la théière. Répétez cette opération 3-4 fois. Cela dissout le sucre et aère le thé sans avoir besoin de cuillère.
  5. Servir avec panache : Versez le dernier verre d'aussi haut que vous le pouvez confortablement pour créer cette belle couronne de mousse. Servez immédiatement.

Ce n'est jamais juste du thé

Des places animées de Marrakech aux ruelles calmes et teintées de bleu de Chefchaouen, le rituel du thé à la menthe est le fil conducteur qui relie chaque expérience au Maroc. Il ralentit le temps, transforme les étrangers en amis et scelle les accords commerciaux.

C'est une pause dans une journée trépidante, un accueil chaleureux dans un foyer et une source de débats passionnés et interminables. Alors, la prochaine fois que quelqu'un vous offrira un verre, rappelez-vous ce qui vous est réellement offert : un moment de connexion. C'est le goût de notre culture, de notre hospitalité et de nos discussions amicales, le tout servi dans un petit verre sucré.

B'saha o raha! (À votre santé et confort !)